MAROC-RÉFÉRENDUM : Un taux stalinien pour une Constitution octroyée

Le «oui» au référendum sur la nouvelle Constitution octroyée par le souverain marocain l'a emporté par un score stalinien, 98,5 % des voix, selon le ministre de l'Intérieur marocain. Ces résultats portent sur le dépouillement de 94 % des bulletins. Le taux de participation est de 73 %. Une victoire certes écrasante mais contestée et contestable et qui appelle un certain nombre de remarques, puisque l'opposition au referendum et à une constitution qui ne change rien dans le fond à la nature de la monarchie marocaine a été empêchée de s'exprimer et n'a pu faire campagne pour le boycott au référendum. "On peut parler d'une exception marocaine", s'est réjoui le ministre de l'économie, Salaheddine Mezouar.

Plus revanchard, Khalid Naciri, l'inenarrable ministre marocain de la communication, a salué "une leçon magistrale donnée à ces apprentis
révolutionnaires", désignant ainsi les partisans du Mouvement du 20-Février, qui n'ont cessé, depuis cette date, de réclamer des réformes politiques profondes. Le ministère de l'Intérieur a recensé dans la période 790 manifestations, souvent à caractère social mais aussi politique. Pour les politologues dans un monde arabe en effervescence, le roi du Maroc, 47 ans, qui a succédé à son père en 1999, a ainsi voulu "relégitimé " son pouvoir à l'issue d'une campagne-éclair en faveur d'un texte qui, certes, consacre une place à la reconnaissance de droits fondamentaux et renforce le rôle du gouvernement, mais qui assoit, aussi, un peu plus son autoritarisme . 
 
Commandeur des croyants et donc première autorité religieuse du pays, chef suprême des armées, garant de la justice, le souverain présidera toujours le Conseil des ministres et conserve le pouvoir de nommer les principaux responsables du pays, notamment dans les grandes entreprises publiques. Si la victoire du oui est stalinienne , elle ne décourage pas pour autant les contestataires, qui soulignent que, sur les 19,5 millions de Marocains en âge de voter recensés en 2009, seuls 13 millions, dûment inscrits et détenteurs d'une carte d'électeur, ont pu se rendre aux urnes. Et chacun se dit déterminé à poursuivre le combat, dans la perspective des prochaines élections législatives. "Maintenant, on va manifester tous les dimanches", promet Oussama El Khifli, l'une des figures du Mouvement du 20-Février. "Pour nous, il n'y aura pas de trêve", affirme de son côté Mohamed Salmi, membre du secrétariat général de Justice et Spiritualité, un mouvement islamiste dirigé par le cheikh Yacine, allié aux jeunes du 20-Février.La question religieuse a été au centre de la campagne référendaire.

La Commission consultative pour la réforme de la Constitution avait, dans ses propositions, inscrit, le 24 mai, la liberté de croyance, avant de devoir battre retraite. "C'est la grande défaite de ce projet", regrette un de ses membres.A la place, le Conseil des oulémas a fait son entrée dans la Constitution. Et pour contrer l'influence de Justice et Spiritualité, le parti de cheikh Hocine dont la fille et porte-parole appelle ouvertement à l'instauration de la République au Maroc, le roi n'a pas hésité à mobiliser mosquées et partisans religieux. La plus puissante confrérie religieuse du pays, la Zaouïa Boutchichia, installée à Berkane, dans le Rif oriental - dont est issu le cheikh Yacine, comme ne
manquent pas de le souligner les autorités marocaines -, a lancé un appel au oui. Le prêche du vendredi 25 juin a été dicté par le ministère des Affaires islamiques en faveur d'un texte qui "comporte tous les bienfaits dont a besoin notre société". Pour avoir refusé de le lire, Abdelmalek Briki, imam de la mosquée Corsica dans la ville de Kenitra, a été aussitôt démis de sa fonction, comme en témoigne la lettre officielle qu'il a reçue et rendue publique sur Internet."Sur une question éminemment politique, le roi a fait appel aux religieux, c'est une première: même Hassan II n'avait jamais fait prêcher un vote dans les mosquées", s'insurge l'économiste Fouad Abdelmoumni, devenu
le porte-parole d'une coalition, née le 29 mai, autour de cinq petits partis de gauche et islamistes, trois syndicats et des associations, pour revendiquer une "monarchie parlementaire". "Nous sommes en présence d'un roi qui prétend incarner la modernité, et qui en même temps exerce un pouvoir absolu. "Qui plus est et pour de nombreux opposants au projets, le souverain marocain est sorti de son role d'arbitre en appelant a voter oui. Enfin last but not the least Mohammed VI , a joué aussi un coup de poker en étendant le référéndum au Sahara Occidental , territoire qu'il occupe militairement et illégalement et sur lequel la communauté internationale et les Nations unis ne lui reconnaissent aucun droit. Pour les Sahraouis , qui luttent pour l'indépendance il va s'en dire que les résultats de ce référéndum d'un autre temps sont "nuls et non avenus."
Mokhtar Bendib 
Le Courrier d’Algérie, 03/07/2011