Latest

Sahel

Mali

International

Accord de pêche UE/Maroc : Anguille sous roche au Sahara Occidental

Posted on Aucun commentaire
Accord de pêche Maroc / Union Européenne : Anguille sous roche au Sahara Occidental
D’un côté, des pays africains manquent de poisson (Le Cameroun élabore des stratégies pour accroitre la production du poisson), des organisations de pêcheurs et des ONG dénoncent le pillage des côtes africaines par les armements étrangers, asiatiques et européens, dans le cadre d’accord de pêche ou non (Comment l’Afrique nourrit l’Europe: la (sur)pêche de l’UE en Afrique).
De l’autre, le Maroc, le plus grand pays de pêche du continent africain (avec l’Afrique du Sud) souhaite continuer à céder une partie de ses ressources en poisson aux armements européens. « Depuis mars 2007, l'UE verse 36 millions d'euros par an de droits de pêche au Maroc pour permettre à quelque 119 navires européens, principalement espagnols et portugais, de pêcher dans ses eaux. Parmi les navires concernés figurent aussi une dizaine de thoniers français. » (Pêche: Bruxelles propose de prolonger son accord de pêche avec le Maroc)

Que des petits pays insulaires n'ayant pas les capacités d’exploiter leur propre zone économique exclusive (ZEE), soient signataires d’accord de pêche et donnent des quotas de captures à de grandes puissances halieutiques étrangères, est encore concevable.
Mais que le Maroc, ce grand pays qui tire une grande partie de ses revenus à partir de la pêche et notamment de l'exportation de produits transformés, soit aussi pressé de donner une part de ses ressources en poisson aux armements de pêche espagnols ne tient pas la route économiquement…(1).
Par ailleurs, cet accord de pêche Maroc/UE n’est avantageux que pour les armements européens au détriment de la filière marocaine de la pêche et notamment du secteur artisanal (Infosamak (2)). En effet, les armements étrangers sont loin de respecter les obligations associées aux licences de pêche en ce qui concerne les quantités débarquées dans les ports locaux, la visite technique annuelle, la transmission des listes des marins embarqués et des copies des contrats des marins marocains, le signalement d'entrée et sortie de zone, ainsi que la déclaration de captures comme l'atteste le Procès verbal de la cinquième commission mixte de l’accord de partenariat dans le secteur de la pêche entre le Royaume du Maroc et la Communauté Européenne - Rabat, 2-3 Février 2010, cliquer Ici.
Pour que le Royaume du Maroc veuille brader aussi vite des ressources halieutiques, il y a bien anguille sous roche dans les eaux très poissonneuses et si convoitées entre Canaries et Sahara Occidental : « La légalité internationale de l'accord de pêche du Maroc avec l'Union Européenne » (3).
Prolongation d’une année de l’accord de pêche entre l’UE et le Maroc
Le 21 février 2011, le Conseil Agriculture et Pêche a adopté à la majorité qualifiée, l’Allemagne et la Finlande s’abstenant, le Danemark, la Suède et le Royaume-Uni votant contre, une décision autorisant la Commission à ouvrir des négociations au nom de l'Union européenne pour le renouvellement du protocole à l’accord de partenariat de la pêche avec le Royaume du Maroc ... .
Le mandat autorise la Commission à négocier une prolongation d’un an du protocole actuel, à deux conditions, à savoir une adaptation des possibilités de pêche sur la base des meilleurs avis scientifiques disponibles et la présentation de rapports réguliers sur la mise en œuvre des politiques sectorielles, y compris les conséquences régionales du Protocole. Source : Conseil de l’Agriculture et de la Pêche - Bruxelles, le 21 février 2011 sous la Présidence de Sándor FAZEKAS, Ministre hongrois du Développement Rural
Un accord Gagnant-Gagnant entre le Royaume du Maroc et les armements espagnols
Un accord Perdant-Perdant pour les pêcheurs artisans marocains et sahraouis
L’accord de partenariat de la pêche entre l’Union Européenne et le Royaume du Maroc arrivé à échéance le 27 février 2011, a été prolongé d’une année (pour une nouvelle période de quatre années selon le ministre marocain de l'Agriculture et de la Pêche maritime, Aziz Akhannouch).
Pour le ministre marocain, « la reconduction de l'accord de partenariat s'est faite sans aucun changement, estimant que cela prouve clairement que le partenariat avec l'UE est sur les bons rails. » Source : L'appui financier de l'UE va contribuer au développement du secteur de la pêche (aufaitmaroc)
En effet, les armements espagnols vont continuer de tirer allègrement leurs trains de filets et autres trains de lignes maintenant qu’ils ont le feu vert pour rouler sans barrière sur les eaux au large des côtes marocaines et du Sahara Occidental…
En 2008, l’Espagne ne dissimulait pas que l’accord de pêche était « extrêmement avantageux » pour les armements espagnols. « La ministre de la Pêche espagnole a déclaré que les navires espagnols pêchant dans les eaux marocaines sont favorisés par un accord de pêche extrêmement avantageux. « Actuellement, les navires espagnols bénéficient de privilèges que les navires marocains n’ont pas » dans les eaux marocaines, a-t-elle affirmé. « Les navires marocains ne sont pas autorisés à pêcher avec des lumières, contrairement à l’Espagne qui est autorisée à le faire ». Les navires espagnols débarquent actuellement leurs captures dans les ports espagnols alors que selon la loi, ils devraient le faire dans des ports marocains. Source :Agritrade/CTA
Philippe Favrelière (article modifié le 1 mars 2011)

(1) Le Maroc reçoit chaque année une contribution financière de 36,1 millions d'euros de l'Union Européenne dans le cadre de l'accord de pêche. Mais pour quelle quantité capturée par les 119 bateaux européens autorisés ? L'Accord de partenariat dans le domaine de la pêche conclu entre la Communauté européenne et le Maroc sur la période du 28 février 2007 au 27 février 2011, reste plutôt flou sur les quantités autorisées notamment les captures autorisées par la flottille espagnole au nombre de 100 navires. Par contre, le Maroc a exporté en 2009 vers l'UE pour 777 millions d'euros de produits de la pêche (la plupart des produits élaborés à valeur ajoutée et source d'emplois locaux).
(2) Maroc-UE: Accord de pêche : L’accord de pêche entre le Maroc et l’Union Européenne qui arrive à échéance le 27 février 2011 pourrait être prolongé. La commission européenne, par la voix de sa directrice générale des Affaires maritimes et de la Pêche Mme Lowri Evans, s’est dite favorable à la prorogation de cet accord paraphé le 29 juillet 2005. Mme Lowri Evans a devant les parlementaires européens, reconnu les efforts du Maroc dans sa politique de développement du secteur de la pêche notamment à travers son programme Halieutis. Un accord de partenariat qui au delà des deux partenaires, profite à beaucoup de pays membres de l’UE. Une éventuelle prorogation de cet accord sera certes bénéfique pour le Royaume, mais elle sera aussi synonyme d’aubaine pour les armateurs européens. Cette prolongation va leur permettre d’éviter de nombreuses pertes. Pis, « le non-renouvellement se traduira par la perte d’une centaine de licences pour les navires espagnols » fait savoir Lowri Evans. L’accord de partenariat en cours a permis a des navires européens de bénéficier de 119 permis de pêche dont 100 sont octroyés aux navires espagnols - c'est dire l'importance de cet accord pour les pêcheurs espagnols. En contrepartie, l’Union Européenne débourse plus de 360 000 dhs pour le compte de la filière marocaine de la pêche.
(3) « le service juridique du Parlement européen avait déclaré en février 2010 dans un avis juridique, que la pêche des navires européens dans les eaux territoriales du Sahara occidental représentait une violation du droit international ».

Pour aller plus loin...
Parlement Européen : Question parlementaire sans réponse de la Commission ?
Question avec demande de réponse écrite à la Commission de Fiorello Provera (EFD) et Charles Tannock (ECR) datée du 20 décembre 2010
Objet: Accord UE-Maroc dans le domaine de la pêche
D'après le service juridique du Parlement européen, l'accord UE-Maroc dans le domaine de la pêche autorisant des navires européens à pêcher dans les eaux au large du Sahara occidental viole le droit international. Cet avis a fait l'objet d'un débat à la commission de la pêche du Parlement européen en février 2010.
Dans quelle mesure la Commission partage-t-elle et accepte-t-elle cet avis juridique ? Dans quelle mesure entend-elle respecter cet avis juridique au moment de négocier des extensions à l'accord UE-Maroc sur la pêche ? Dans quelle mesure convient-elle que le fait d'autoriser des navires européens à pêcher dans les eaux au large du Sahara occidental nuit aux efforts visant à résoudre le conflit de longue date opposant le Maroc et le Front Polisario ? Dans quelle mesure l'action de la Commission à cet égard compromet les prétentions de l'UE à être un négociateur honnête dans ce conflit ? Quelles consultations a-t-elle mené au cours des deux dernières années avec le Front Polisario, des ONG et des organisations sahraouies concernant l'accord UE-Maroc dans le domaine de la pêche ? 

Regard sur la Pêche et l'aquaculture, 16/02//2011 (update 01/03/2011)

MEDELCI ÉVOQUE LES DROITS DE L’HOMME AU SAHARA OCCIDENTAL : Le Maroc prend la mouche

Posted on Aucun commentaire
Le représentant permanent du Maroc auprès de l’Office des Nations unies à Genève a été piqué au vif lorsque le chef de la diplomatie algérienne a esquissé la question de la violation des droits de l’homme au Sahara occidental.
La lune de miel entre le royaume du Maroc et l’Algérie n’est pas pour demain. La question sahraouie constitue la principale pomme de discorde entre les deux pays. Aborder ce dossier sous l’angle de la décolonisation irrite au plus haut point les responsables marocains. C’est ce qui s’est passé mardi juste après que le ministre algérien des Affaires étrangères ait prononcé son allocution à l’occasion de la tenue de la 16e session du Conseil des droits de l’homme à Genève.
«L’accélération de l’histoire dans cette région, dont nous sommes à la fois témoins et acteurs, ne saurait éclipser la situation de non-droit dans laquelle se débattent les peuples palestinien et sahraoui», a déclaré Mourad Medelci qui évoquait la situation dans les pays voisins de l’Algérie. «Elle ne saurait, non plus, légitimer les silences qui confinent au renoncement aux principes fondateurs des Nations unies, face à des cas avérés de violations des droits de l’homme.
Le devoir de protection ne saurait être sélectif. En Palestine, comme au Sahara occidental, l’occupation étrangère alimente une violation des droits de l’homme et du droit international humanitaire», a souligné le chef de la diplomatie algérienne. Vexé, le représentant marocain auprès des Nations unies à Genève lui a abruptement répliqué. «Je me limiterai à lui répondre que le pays qui a un registre de deux longues et douloureuses décennies d’état d’urgence, synonyme de négation du droit, n’a aucune légitimité pour parler des droits de l’homme», a répondu Omar Hilale, visiblement courroucé et contrarié. Certaines vérités froidement assénées ont du mal à être acceptées. C’est le cas du Maroc quand il est mis en cause et acculé au sujet de la question du Sahara occidental.
Les écarts de langage de la diplomatie marocaine franchissent les frontières de la bienséance qu’impose le domaine de la politique étrangère caractérisée par la finesse, l’habileté, et le tact.
«Le véritable silence que j’aurais souhaité que Son Excellence le ministre des Affaires étrangères algérien dénonce, c’est celui imposé aux populations algériennes, qui sont empêchées d’exprimer leurs revendications économiques, sociales et culturelles, comme c’est le cas dans les pays arabes», a poursuivi le diplomate marocain qui avait du mal à maîtriser son sang-froid. Désarçonné par le discours du chef de la diplomatie algérienne, l’ambassadeur marocain s’est laissé aller à des allégations qui sont loin d’honorer sa fonction. «Cette attitude est antinomique avec le discours du ministre algérien sur l’autodétermination, dans ce sens, que l’Algérie n’a pas respecté le choix démocratique de son peuple lorsqu’il s’est autodéterminé par les urnes en 1991.
L’Algérie, a-t-il poursuivi, n’a pas non plus respecté ce choix en faveur des populations kabyles qui revendiquent pacifiquement leur spécificité culturelle, linguistique et socioéconomique», a déclaré Omar Hilale dans une dépêche répercutée par l’agence de presse marocaine officielle MAP datée du 1/03/2011.
Le ridicule ne tue pas et le représentant du Maroc aux Nations unies à Genève n’hésite pas à s’en couvrir en cultivant la désinformation: la Kabylie est une région indivisible du territoire national et les Kabyles y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Quant à l’autodétermination (un lapsus involontaire certainement du diplomate marocain), faut-il lui rappeler que le peuple algérien a arraché son indépendance après avoir mené une guerre de libération qui a duré sept longues années. C’est ce qu’attend le peuple sahraoui depuis maintenant plus de trente-cinq ans.
Mohamed TOUATI
L'Expression Online, 03/03/2011

Maroc : regards croisés sur une révolution en marche

Posted on Aucun commentaire
Par Hind AISSAOUI BENNANI, 25/2/2011
Pour mieux comprendre les revendications de la jeunesse marocaine et le Maroc de Mohammed VI, j’ai réuni Omar Radi, Aziz El Yaakoubi, Souad Guennoun et Hind Dadssi, journalistes pour les uns et militants altermondialistes pour les autres. Discussion croisée à Casablanca, mercredi 16 février dernier.
Lorsque je suis arrivée à Casablanca, le 20 janvier 2011, Ben Ali venait de tomber sous la pression populaire. Le monde entier venait de prendre une leçon de refus de l’oppression et d’organisation collective. Simple, chirurgical et inespéré, cet événement allait en inspirer d’autres. Le 11 février, Moubarak tombait après 33 ans de pouvoir. Aujourd’hui même, alors qu’à Bahrein, en Lybie et en Jordanie, malgré la répression furieuse de l’archaïsme, les gens se battent pour arracher leurs droits les plus élémentaires, de jeunes Marocains préparent une journée de protestation. Le « mouvement du 20 février » est en marche pour exiger le changement. Le Maroc a une image plutôt positive en France. Il est, dans l’imaginaire de nombre d’entre nous, un pays où il fait bon vivre, où le pouvoir est certes ferme, mais bienveillant avec ses sujets. 
Omar et Aziz, je vous ai vus intervenir lors d’une table ronde sur les violences politiques au Maghreb dans la toute nouvelle école de gouvernance à Rabat. Vous étiez bien remontés. Pourtant, à lire la presse marocaine, le Maroc est une référence dans la région en matière de démocratie et à lire la presse française, ici on pratique un islam modéré. Alors, pourquoi vous crachez dans la soupe comme ça ?
Omar Radi : Au Maroc, non seulement la situation sociale est catastrophique, mais il y a une absence totale de règles démocratiques, aussi bien au niveau de l’État que dans le secteur privé. Et la presse n’y échappe pas. Je ne peux pas parler pour la presse française, mais je peux affirmer que la presse marocaine ne peut en aucun cas traduire ou refléter ce qui se passe réellement ici. Et ce qui se passe ici, ça ressemble tout à fait à ce que les révolutions ont révélé des sociétés tunisienne et égyptienne.
Aziz El Yaakoubi : J’ajouterais que le problème c’est le système politique marocain qui repose sur une sacralité complètement absurde. Il tire sa légitimité première de la religion puisque le roi est le Commandeur des croyants et représente dieu sur terre. Ce qui permet de faire diversion sur la responsabilité du pouvoir, dont la légitimité ne peut être remise en cause. 
Mais je croyais que Mohammed VI était mieux que son père... Il a apporté  des améliorations, non ?
O. R. : Ce qui est fondamentalement différent entre le père et le fils, c’est la méthode. Sous Hassan II, les méthodes étaient directes et frontales. Mohammed VI a plutôt misé sur des facteurs psychologiques, notamment sur le marketing en se donnant la fameuse image du « Roi des pauvres » dès le début de son règne. Il s’est tout de suite fait passer pour un roi de bonne volonté, et entretient l’idée d’un système pourri qui serait la cause des problèmes du Maroc. Mais la réalité, c’est que la prédation du business royal est énorme et qu’on est en train de revenir carrément aux méthodes de Hassan II en matière de répression, de censure, etc. Au début du règne de M6, il y a eu une tentative de retour sur le passé et les années de plomb. Mais là encore on était dans le marketing. Pour preuve, la non-application des recommandations de l’Instance Équité et Réconciliation. La seule et unique recommandation de ce processus qui a été appliquée est une indemnisation pécuniaire des familles des victimes. Aucune des autres promesses du régime n’a été tenue, alors qu’elles étaient minimes. Il n’y a eu aucune remise en cause fondamentale ni de punition des crimes commis, tout particulièrement en matière financière, et de monopole sur le foncier et l’immobilier. Il y a eu des holdups énormes au Maroc ! Et il continue d’y en avoir, sous le contrôle direct de Mohammed VI. Mais personne ne parle de ça. On ne peut pas parler de démocratisation sans rentrer précisément dans ces détails.
A E Y : L’ouverture qui s’est opérée au Maroc a été initiée sous le règne de Hassan II. A la fin des années 80, tous les pays du tiers monde qui bénéficiaient de la dualité Est-Ouest ont été obligés de mener des réformes. Ça a commencé au Maroc par la libération de détenus politiques. Mais cette justice transitionnelle était de façade, comme tout ce qui touche à la démocratie dans ce pays. Au même moment, on a assisté à la mise en place des agences de régulation, qui ont activement contribué à libéraliser l’économie. La main-mise du pouvoir sur l’économie du pays n’en a été que renforcée. Et c’est exactement la même logique qui perdure. Il n’y a pas de différence entre le père et le fils. D’ailleurs, et c’est ce qui est le plus important ; les textes n’ont pas changé. La constitution est toujours la même que sous Hassan II, la peine de mort est toujours en vigueur...
Souad Guennoun : Pour bien comprendre la situation, notamment de l’étranger, il faut préciser deux ou trois choses. Le Maroc a subi une colonisation « douce », qu’on a appelé protectorat. Lyautey, monarchiste convaincu, a gardé le pouvoir en place mais tirait les ficelles. De tout temps, la France a légitimé le pouvoir au Maroc en lui fabriquant une image. Je me rappelle qu’à l’enterrement de Hassan II, Frédéric Mitterrand faisait l’éloge de la beauté du protocole. Cette espèce de fascination pour la monarchie marocaine lui donne une dimension traditionnelle et culturelle profonde dans notre histoire, alors que cette monarchie était au plus mal au moment de la colonisation. Et cette méthode a été efficace. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Américains se sont inspirés de Lyautey pour ce qu’ils font en Irak...
L’autre chose très importante, c’est que Mohammed VI est arrivé à un tournant de la mondialisation. En 1999, il a remplacé son père avec de nouveaux outils. Il a intégré les élites, encore plus que son père ne l’avait fait. Et cette élite a profité des privatisations et s’en est foutu plein les poches. Le régime est non seulement despotique, mais il a aussi surfé sur la vague de la mondialisation.
D’un point de vue géostratégique, il faut aussi comprendre que les Américains se reposent aussi sur le pouvoir marocain. Avec sa politique du « Grand Moyen Orient » et la guerre en Irak, les États Unis considèrent le Maroc comme l’un de leurs bastions, notamment d’un point de vue militaire et en terme de sous-traitance de la torture. 
On dit que le peuple marocain n’est pas mûr pour la démocratie, qu’il est moins « éduqué » que le peuple tunisien...
A. E. Y. : La démocratie, tout le monde la mérite, même les analphabètes. Ce discours sur la maturité ne devrait même pas exister. L’éducation, elle, favorise la capacité à s’insurger. Alors que la démocratie, elle, est méritée par tout le monde.
Hind Dadssi : Sur la question de l’éducation, il faut quand même préciser qu’il y a eu une dégradation de l’enseignement public. Jusque dans les années 80, l’enseignement public était de qualité. Nos parents avaient un très bon niveau quand ils sortaient du bac. La dégradation de l’enseignement public est à mettre en relation directe avec les premiers plans d’ajustement structurel du FMI.
S. G. : Personnellement, j’ai filmé beaucoup de mouvements sociaux dont aucun média ne parlait. J’ai filmé des mineurs, des ouvrières dans le textile, dans l’agriculture, la lutte de Sidni Ifini en 2008, etc. Je suis allée dans des régions où il n’y a rien, pas d’infrastructure, pas de logement, pas de cinéma. Rien ! Il y a des jeunes avec rien devant eux. Donc, leur temps ils le passent devant internet. Je suis sûre que c’est dans ces petits patelins que le potentiel de la révolution internet est le plus fort. La télé est merdique, la radio n’existe pas, la presse ne parle pas. C’est comme ça que du fin fond de ces petits patelins, les jeunes se sont faits euxmêmes, par défiance vis à vis de la société qui ne les représente absolument pas. Pour la comparaison, on pourrait les comparer aux No Vox européens.
O. R. : En fait, depuis les évènements tunisien et égyptien, nous sommes passés de l’exception arabe à l’exception marocaine (Rires). Avant, dans ce qu’ils appellent le monde arabe, on disait que ce qui est arrivé ne pouvait pas arriver pour des considérations géopolitiques. Maintenant, le mythe a été cassé. Tant que ça n’avait touché que des républiques, on a développé le mythe de l’exception marocaine en disant que le Maroc, c’est une monarchie qui date de 4 siècles, que c’est le pays le plus stable de la région, etc. Tout ça c’est de la foutaise !
S. G. : D’ailleurs, maintenant ça bouge à Bahrein, qui est une monarchie ! Preuve que ce sont les mêmes effets qui produisent les mêmes causes.
O. R. : Tout à fait. Par contre, si on doit parler d’exception marocaine, appelons la par son vrai nom : l’économie de la rente. Au Maroc, quand le roi passe quelque part, on ramène des gens qui crient l’expression suivante : « que Dieu donne la baraka à notre seigneur » (« llah i berk fi amr sidna »). Et cette expression n’a rien de gratuit, il y a une contrepartie ! Le Maroc est le seul pays où on distribue des agréments d’activités génératrices de revenu pour des secteurs entiers de l’économie : les taxis, les parkings, le transport, la pêche, ... Je crois aussi que la plupart des artistes marocains en profitent. Alors que ces activités devraient faire l’objet d’appels d’offres, elles sont distribuées sous forme d’agréments par l’entourage du roi. On a donc toute une catégorie socio- économique, dont on achète le silence et qui ne répond même pas à ce principe de méritocratie, aussi discutable qu’il soit. Toute l’économie naît grâce au roi. Celui qui ose prétendre le contraire peut voir son activité anéantie du jour au lendemain. Le problème, c’est que ces gens là sont censés former une petite bourgeoisie, ou une classe moyenne, pour reprendre la terminologie libérale, et donc représenter une opinion. Alors que la plupart du temps, la voix du changement vient de cette classe moyenne, toute tentative de représentation de ses intérêts est réduite à zéro. La société marocaine ; c’est donc une classe moyenne achetée, beaucoup de riches et encore plus de pauvres. Et ces pauvres n’ont pas d’autre choix que la lutte pour la survie.
S. G. : J’aimerais ajouter quelque chose d’important sur cette notion d’exception marocaine. Le Maroc est un des pays où la société civile a été la plus testée. A propos des femmes, des jeunes, des associations de quartier, etc. Au détriment des partis politiques qui étaient en perte de vitesse. Il y a eu beaucoup de fric injecté dans la société civile.
L’exemple le plus flagrant est celui du féminisme. C’est un des secteurs qui a été vraiment le plus financé, au point que ce ne sont plus des gens, des militants, qui posent le débat. C’est un féminisme inventé, tenu par l’argent, par des dames patronnesses avec leurs secrétariats, leurs bureaux, etc. Et c’est elles qui sont invitées à l’international pour parler au nom des femmes, alors qu’elles ne les connaissent même pas. On peut se poser des questions sur ce féminisme là ! Et ça ce sont des trucs qui ont participent au fait qu’en France, le Maroc a l’image du pays le plus avancé de la région sur la question des femmes.
Tu vas voir que si on appelle à des contre manifestations, ces associations féministes descendront dans la rue pour soutenir le gouvernement.
Alors, qu’est ce que vous proposez ? Par quoi doit commencer le changement ? Quelles sont les priorités ?
S. G. : Pour moi, en dehors du problème marocain, l’urgence se situe au niveau régional. Depuis 1975, on a un gros problème avec cette histoire de Sahara et de frontières. En ce moment, le peuple algérien est en train de bouger aussi. Alors on devrait en profiter pour faire converger nos luttes, notamment pour collaborer.
Pendant des années on a financé une guerre pour tuer des gens qui demandaient une autodétermination, au lieu de collaborer, de construire une économie complémentaire. Et il est temps aujourd’hui, qu’on pose la question des frontières. C’est une région qui doit être unifiée, solidaire, socialiste, républicaine, avec des jeunes qui sont à l’avant garde des luttes. En priorité, on doit arrêter le chauvinisme. Autrement, on va tous être broyés. Aujourd’hui, on n’a rien à perdre. C’est l’occasion où jamais. Il faut qu’on fasse des ponts, et pas qu’au niveau maghrébin. Les peuples ont les mêmes aspirations au Maroc, en Algérie, qu’en Amérique Latine.
L’émancipation des peuples, la souveraineté alimentaire, la reconnaissance des identités locales : nos revendications sont les mêmes. Et nos problèmes sont aussi les mêmes ! Notre agriculture est pillée, nos eaux sont mises en bouteille par les mêmes multinationales, nos terres sont achetées les unes après les autres,... Il est urgent de créer des ponts. D’ailleurs, les questions que la lutte de Sidi Ifni posait dépassaient largement le cadre d’un petit village de pêcheurs. Elle posait des questions mondiales. Sidi Ifni aurait pu être le Sidi Bouzid marocain. Il s’agissait d’une lutte pour un autre monde. C’est pas un slogan fait par des intellectuels, ce sont des revendications formulées par ceux qui n’ont pas droit à la parole.
Mais tu fais quoi de la propagande que l’on subit depuis des années et de l’idée que le roi du Maroc est victime, tout autant que le peuple, du système pourri ?
O. R. : Quand on est dans un régime de terreur, on dit « vive le régime ». Quand on enlève cette terreur, les gens finissent par s’exprimer. Et on le sent en ce moment dans la rue. Une anecdote, pour illustrer tout ça.
Hier, un chauffeur de taxi me disait que si c’était uniquement le système qui était pourri, le roi aurait pu l’éradiquer, ce système. Ces choses là ne se disaient pas aussi directement avant.
A. E. Y. : On ne peut pas nier qu’il y a une ignorance ambiante, nourrie par la propagande. Mais est ce que les marocains savent que la plus grande banque africaine (Attijari Wafabank) appartient au roi ? Personne ne sait que c’est le roi qui tire toutes les ficelles de l’économie marocaine. Personne ne sait que le roi c’est une des plus grandes fortunes royales au monde. Il faut mener un travail d’information, parce que les gens changent d’avis lorsqu’ils apprennent que des pans entiers de l’économie lui appartiennent. On commence d’ailleurs à parler de la fortune royale sur Facebook. 
Les révolutions tunisienne et égyptienne font elles peur au régime marocain ?
O. R. : Pour dire les choses clairement, la contagion est un fait, et le régime marocain a peur. Dès qu’il y a eu cet appel pour le 20 février, une cellule de crise s’est formée entre les ministères de l’intérieur, des affaires étrangères et les services secrets marocains. Sur sa page Facebook, le ministre de la jeunesse et des sports a mené une campagne de diffamation à l’encontre des jeunes du mouvement du 20 février en les traitant de traîtres de la nation et de membres du Polisario.
Hier, il s’est passé un truc extraordinaire. Le gouvernement marocain a pris deux grosses mesures. Il a injecté 15 milliards de dirhams dans la caisse de compensation. Cette caisse permet à l’Etat de financer le maintien des prix des produits de première nécessité à un prix relativement bas à la vente. Ce qui est marrant, c’est qu’en juin 2010, le pouvoir avait refusé d’injecter 10 milliards de dirhams dans cette caisse en expliquant que de toute façon, il fallait la réformer parce qu’elle bouffait trop de fric. La deuxième mesure prise hier, c’est 10 % du budget de l’Etat qui vont être déployés pour recruter du monde dans la fonction publique, notamment au sein des diplômés chômeurs. C’est une mesure historique !
On sait aussi que depuis 3 jours, les moqqaddem, qui sont les représentants du pouvoir distribuent des terres aux bidonvillois de Casablanca. Le pouvoir et ses serviteurs ne parlent plus d’exception marocaine, là, il agissent ! Ils prennent des initiatives pour répondre à des revendications restées lettres mortes depuis une dizaine d’années, sous la pression d’un appel formulé par des jeunes dans les réseaux sociaux.
Le régime marocain est devant une impasse. Il n’est pas mieux loti que Moubarak ou Ben Ali. Il est même moins bien loti que Moubarak face aux grandes puissances. Si cette protestation a un long souffle, je crois qu’on franchira le seuil de la peur du régime et que la conscience de la nécessité de la lutte sera d’autant plus forte. 
Vous me parlez du mouvement du 20 février ?
A. E. Y. : Le « 20 février », c’est une initiative qui a été lancée sur internet par des jeunes apolitisés qui ont entre 20 et 24 ans. Ils ont commencé par diffuser des vidéos sur internet, pour demander le changement de la constitution et l’instauration d’une démocratie au Maroc. Plusieurs centrales syndicales ont annoncé leur participation, mais aussi l’écrasante majorité des organisations des droits de l’homme (dont l’AMDH, la plus grosse association de ce type en Afrique) et l’Adl oua l’Ihsan, le mouvement islamiste le plus important. Et ce qu’il y a de très intéressant, c’est que la Confédération Démocratique du Travail, la deuxième centrale syndicale du pays, parle d’une grève générale les 21 et le 22. février.
O. R. : Bien qu’on ne puisse pas vraiment prévoir, je pense que la surprise pourrait venir des petites villes et de Rabat. Maintenant ce que je sais, c’est que le ministère de l’éducation nationale a donné quelques jours aux lycéens et collégiens pour éviter qu’ils se mobilisent. Mais ce qu’ils n’ont pas encore compris, c’est que si les lycéens ne sont pas au lycée, ils seront sur Facebook. Les syndicats d’enseignants disent que tous les élèves, même ceux qui ne sont pas sur Facebook, parlent du 20 février. C’est énorme ! S’il y a sortie de casseurs pro gouvernementaux le 20 février, et s’il y a affrontement, si une seule personne est blessée parmi nous, ça sera la mobilisation permanente.
Merci à  vous, les amis. Bonne lutte !
S. G. : Je voudrais ajouter un message tout particulier à la France. Ce mouvement est un mouvement de fond, il ne s’arrêtera pas demain. Ceux qui nous exploitent sont les mêmes partout et ils ne vont pas lâcher aussi facilement. Nous devons appeler à la solidarité et tout le monde doit nous soutenir. Si ça ne réussit pas, le retour de manivelle, on va tous se le prendre en pleine figure, et même en France ! Si en France vous ne nous soutenez pas, ça sera grave, et pour nous, et pour vous.

Révolutions arabes : le Maroc est-il une exception ?

Posted on Aucun commentaire
Portés par l'élan des tunisiens et des égyptiens qui ont renversé leurs dirigeants dictateurs et autocrates et les systèmes mis en place par ces derniers, une certaine contestation populaire apparaît au Maroc (où tous les ingrédients sont réunis pour une contestation sérieuse : misère, inégalités sociales, chômage massif des jeunes, corruption, absence de démocratie, etc.) pour réclamer une modification en profondeur de la constitution et amorcer une nouvelle ère politique. Les autorités marocaines répondent que la situation y est différente car un processus "irréversible" de démocratisation est en cours et que la liberté d'expression existe à l'exception de trois sujets tabous : la monarchie, la religion et le Sahara. En réalité, derrière une apparence de démocratie, le système politique marocain correspond à une monarchie autocratique qui dirige et contrôle à peu près tout.

UNE DÉMOCRATIE DE FAÇADE
Pour affirmer que le Maroc est lancé dans un processus démocratique, plusieurs leurres sont mis en avant. Tout d'abord, la constitution de 1996 (adoptée par référendum avec un oui à plus de 99 % !) affirme que "le Maroc est une monarchie constitutionnelle, démocratique et sociale" et que les citoyens disposent des libertés d'opinion et d'expression, sous réserve de limitations apportées par la loi ! Ensuite, il est mis en avant que les dernières élections législatives ont été libres. Les résultats des scrutins correspondent globalement aux votes réellement exprimés et les partis ont présenté globalement les candidats qu'ils souhaitaient. D'ailleurs, il est invoqué que le Maroc connaît depuis l'indépendance le multipartisme. Enfin, de nombreux journaux sont publiés et plusieurs radios émettent. Ainsi, les principaux critères déterminant une démocratie sont remplis et permettent aux autorités publiques d'affirmer que le Maroc est lancé dans un processus de démocratisation. Mais derrière cette apparence, se cache le fonctionnement d'un régime assez autoritaire. Certes, il ne s'agit pas de la Corée du Nord ni de la Lybie, mais le pouvoir est exercé par un seul homme, le roi, assisté de conseillers, plus ou moins influents et éclairés. On peut critiquer le gouvernement, les parlementaires, les élus locaux et les préfets, mais c'est pour mieux interdire toute critique du roi !
Le roi règne et gouverne seul. Au terme de la constitution, il est le chef de l'Etat, des armées et des croyants. Ainsi, en tant que commandeurs des croyants disposant de quasiment tous les pouvoirs politiques, cette constitution établit une monarchie de droit divin. En outre, par la constitution, il dispose d'un pouvoir de nomination très large : il nomme et révoque librement et discrétionnairement le premier ministre et les ministres, les ambassadeurs, les Walis et gouverneurs (préfets), les directeurs d'établissements publics et des autorités administratives, etc. A peu de chose près, il nomme qui il veut, quand il veut et au poste qu'il veut ! Il peut dissoudre discrétionnairement et librement chacune des assemblées du parlement. Il promulgue les lois et peut demander le réexamen d'un projet de loi.
Au-delà du terrain politique, la monarchie occupe le terrain économique. Au travers d'une holding qu'il contrôle, l'Omnium nord africain (ONA), le roi, et plus largement la famille royale, contrôle de nombreuses entreprises (Wana, troisième opérateur téléphonique du pays, Attijariwafa Bank, première banque du Maroc et septième d'Afrique, etc.). L'ONA intervient par ailleurs dans d'autres secteurs (agroalimentaire, assurance, immobilier, distribution : les voitures Peugeot et Citroën sont commercialisées via une société contrôlée par l'ONA qui est par ailleurs actionnaire de Lafarge Maroc). Ainsi, avec l'ONA, Attijariwafa Bank et la Caisse des dépôts (dont le directeur général est nommé par le roi), une partie importante de l'économie est contrôlée par le palais.
LA LÉGITIMITÉ DU ROI N'EST PAS DISCUTABLE
Au terme de la constitution, la personne du roi est "sacrée et inviolable" et aucun membre du parlement ne peut remettre en cause le régime monarchique ni porter atteinte au "respect dû au roi". Ainsi, toute critique des faits, gestes ou paroles du roi et de la famille royale, est interdite. Au-delà de cette légitimité indiscutable, le système organisé par le palais empêche tout contre-pouvoir, en discréditant la classe politique et la justice et en contrôlant les médias. Les partis politiques ne remplissent pas vraiment leur rôle d'établir des projets de société, de structurer le débat politique, de militer et de s'opposer au gouvernement pour ceux qui sont minoritaires. La très grande majorité d'entre eux, avec leurs leaders, sont compromis dans le système imposé par le roi. En effet, l'absence de parti majoritaire au parlement (le premier parti compte environ 50 députés pour une assemblée de plus de 300 députés ), fait que sept partis sont représentés au gouvernement, des anciens communistes, aux conservateurs, en passant par les socialistes.
Depuis quinze ans, tous les gouvernements sont "composés" de représentants de plusieurs partis, de gauche et de droite. L'objectif est de faire participer, ou compromettre, le plus de partis possible pour qu'ils ne constituent pas une force d'opposition alternative à la politique poursuivie. Il s'agit de diviser pour mieux régner. Le discrédit vient aussi du fait que les partis historiques d'opposition – le parti de l'Istiqlal et l'l'Union socialiste des forces populaires (USFP) – et leurs leaders sont aujourd'hui de fidèles serviteurs du roi. Ces partis, qui ont été dans l'opposition contre Hassan II durant plus de trente ans, ont accepté en 1997 de former un gouvernement de coalition aux conditions fixées par ce dernier, les mêmes qu'ils avaient refusé quatre ans auparavant. Depuis, ils ont participé à tous les gouvernements devenant ainsi la caution du système (malgré des dissensions internes, notamment à l'USFP) !
Par ailleurs, beaucoup (pas tous) d'hommes politiques ne poursuivent pas un engagement et une conviction politique, mais une carrière et des intérêts personnels. Certains entretiennent des liens étroits avec des conseillers influents du roi et sont soupçonnés de prendre leurs instructions auprès du palais, avant d'agir dans leur parti. Les conditions dans lesquelles a été formé l'actuel gouvernement illustrent cela : des personnalités ont été choisies pour y entrer, non pas en raison de leur appartenance à un parti politique, mais grâce à leur proximité avec certains conseillers du roi. Cela a été ensuite habillé politiquement en les faisant adhérer, deux ou trois jours avant l'annonce de la composition du gouvernement, dans un parti politique, afin d'affirmer que ce gouvernement est le fruit du jeu politique "naturel" et du résultat des élections.
SOUPÇONS DE CORRUPTION
Le discrédit s'explique enfin par le fait que les élus et le gouvernement ne choisissent pas la politique menée. Les orientations politiques et les projets importants sont déterminés par le palais, et le gouvernement exécute les "directives royales". Une démocratie ne peut être et fonctionner que si la justice est indépendante, que si la loi s'applique à tous de manière égale et que la justice est rendue sans favoritisme. Au Maroc, ce n'est pas toujours le cas. Il n'est pas rare de lire dans la presse que des poursuites pénales sont initiées par un procureur suite à la colère du roi contre tel ou tel commis de l'Etat dont le roi soupçonne (parce qu'on le lui a soufflé à l'oreille) une malhonnêteté. Curieusement, la machine judiciaire a plus de mal à s'enclencher indépendamment du roi ou de ses conseillers. Plus généralement, c'est tout l'appareil judiciaire qui est décrédibilisé par des soupçons de corruption.
L'existence de plusieurs journaux, radios et chaînes de télé donne l'illusion d'un pluralisme. Il ne faut pas s'y tromper : si au début des années 2000, ces médias ont initié un début de liberté de ton, révélant et dénonçant les années de plombs de l'époque Hassan II, ils ont payé le prix de leur "audace". Aujourd'hui, plus aucun média ne s'aventure à critiquer les décisions et paroles du roi ou de ses conseillers les plus proches. L'intimidation se fait par la poursuite en justice de ces médias en "dictant" des peines d'amendes très lourdes contre ces journaux, afin de les asphyxier financièrement. D'autres méthodes sont utilisées : blocage des comptes bancaires, saisie du matériel de travail, jugement d'interdiction d'exercice de la profession de journaliste, etc., et appel des différents annonceurs pour les dissuader de diffuser leurs publicités dans ces journaux. Certains de leurs fondateurs ont été contraints de quitter la profession et le Maroc. Aujourd'hui, les médias sont contrôlés étroitement et tout écart de langage est sanctionné !
En conclusion, un pouvoir concentré essentiellement entre les mains d'un seul homme qui n'a de compte à rendre à personne, une classe politique et un appareil judiciaire discrédité et une presse verrouillée. Voici la réalité de la "démocratie" marocaine. Parler de processus démocratique n'est donc pas très sérieux ! Il est dans l'intérêt de la monarchie d'écouter la contestation actuelle et d'accepter que la constitution soit substantiellement réformée pour que le roi règne sans gouverner. La monarchie montrerait qu'elle a compris les événements et le sens de l'histoire. Juan Carlos l'avait compris en 1975.
Jad Siri, juriste
Le Monde.fr, 02/03/2011

Burns mépriserait-il l'UA ?

Posted on Aucun commentaire
William Burns nous répète à partir de Rabat que la proposition marocaine d'autonomie est la meilleure invention de l'homme après les vacances à Marrakech. Pourtant, il sait que cette proposition ne cesse d'être rejetée par le peuple sahraoui qui ne veut être le sujet de personne et qui veut, lui aussi, sa liberté et son indépendance, comme tous les peuples du Maghreb et d'ailleurs. Burns ne veut pas se rendre compte que le peuple sahraoui est distinct du peuple marocain et qu'au Sahara les deux nationalismes s'affrontent continuellement, comme le démontrent la tragédie de Gdeim Izik et, plus récemment, la «ratonnade» lancée par les colons marocains contre les quartiers sahraouis à Dakhla et qui fut plus destructrice encore. Burns rejetterait-il les plans de paix Afrique-ONU sur le Sahara occidental ? 

«La seule solution valable (au conflit du Sahara occidental) passe par l'organisation d'un référendum d'autodétermination, disait la commissaire aux affaires politiques de la Commission de l'Union africaine, Mme Julia Dolly Joiner, dimanche dernier à Tifariti. Et Tifariti c'est en territoire sahraoui, et ce n'est pas du tout controlé par le Maroc. Les services de l'état civil du royaume n'y ont jamais délivré un certificat de naissance, de décès ou un permis d'inhumer. Comme d'ailleurs dans le reste des territoires sahraouis avant leur invasion en 1975. Des détails qui prouvent qu'au Sahara occidental le Maroc est aujourd'hui un indu occupant. Burns ne semble pas vouloir tenir compte non plus des propos de Ban Ki-moon lorsqu'il exhortait, jeudi dernier, la communauté internationale à en finir «immédiatement et complètement» avec la décolonialisation qui perdure dans 16 territoires non autonomes à travers le monde, dont le Sahara occidental. 

De New York, Mohamed Loulichki, le représentant permanent du Maroc auprès de l'ONU, nous parla alors d'une autodétermination qui s'exerce au «cas par cas». Une formule aussi claire que celle fournie chez nous pour expliquer qu'à Alger «les marches ne sont pas interdites mais ne sont pas autorisées». Le congrès du Polisario décidera avant la fin de 2011 «les idées et les stratégies à même de parvenir à l'objectif sacré», déclarait le président sahraoui. A ce qu'on sache, l'objectif sacré n'est pas du tout l'autonomie.
M. Z. mohamed_zaaf@yahoo.fr 
Le Jeune Indépendant, 02/03/2011

Dakhla, festival d’occupation et violences coloniales en février 2011

Posted on Aucun commentaire

Dakhla est une ville du Sahara Occidental occupé par le Maroc. Les sahraoui demandent leur droit à l’autodétermination depuis des dizaines d’années. Le Maroc poursuit sa colonisation, met à l’écart la population sahraoui et réprime très durement les militants (enfermement, torture, assassinat). Le festival de Dakhla, évènement sportif et musical « sous le haut patronage de sa majesté le roi Mohamed VI », participe de cette politique coloniale.
Les artistes et sportifs qui viennent au festival de Dakhla, cette célébration de l’autorité du Maroc sur le Sahara Occidental, sont complices.
Cette année sont présents, parmi ceux qui sont connus des Français, les artistes :
- Yvan Le Bolloc’h
- Johnny Clegg
- Alpha Blondy
Vous pouvez leur dire ce que vous en pensez en suivant les liens.
De nombreux surfeurs de niveau international sont aussi présents.
Radio Nova, qui célèbre par ailleurs la semaine anticoloniale, est partenaire du festival.
De plus, au matin du troisième jour du festival, samedi 26 février 2011, des milliers de colons marocaines ont saccagé des maisons et des commerces de sahraouis et brûlé leurs voitures, avec l’appui des forces armées marocaines.
Le surf et la musique servent ici la barbarie. Les noms de ceux qui collaborent à ces crimes resteront gravés.
sources :
- http://territoriosocupadosminutoaminuto.blogspot.com/2011/02/26-02-2011-en-dajla-miles-de-colonos.html

- http://territoriosocupadosminutoaminuto.blogspot.com/2011/02/ultima-hora-dajla.html

Maroc : Génération MDR

Posted on Aucun commentaire
Très cher Amine,
Ceci est une lettre que je t’adresse, mon ami, pour te dire tout le mépris que j’ai pour tes semblables, depuis que j’ai eu la malheureuse idée de discuter avec ta petitesse de l’actualité politique. Je te l’écris, car je n’ai ni le temps ni les moyens de monter une organisation secrète qui s’occuperait de la stérilisation massive des esclaves volontaires, limitant ainsi la propagation de la connerie. Je t’écris donc, pour me venger.
Je te vois, sur Facebook, liker Nous aimons le MAROC et Sa Majesté que Dieu le garde Allah Alwatan Almalik, ou encore Rester chez soi le 20 février est une preuve d'amour à Sa Majesté. Des fois tu publies une vidéo de Tarik Ramadan, avec comme commentaire “hhhhhhh”. Souvent tu cites Hassan II, comme étant un grand homme. Sais-tu que par cela tu fais l’apologie des crimes horribles commis par cet homme ? oui mais il a fait d’autres choses pour notre pays, et il l’a protégé contre la division, me réponds-tu, l’air fondamentalement bête.
Dans la vraie vie, ta connerie passe au niveau supérieur, tes propos sont une ode à la stupidité et à la connerie. Jamais tu ne cèdes, jamais tu ne changes de point de vue, jamais tu ne me sors une idée originale. Je peux prévoir ce que tu vas dire, je peux le lire dans les dépêches de la MAP, ou dans la chronique de Nini. Tu es prévisible car tu es exactement comme on voudrait que tu sois : soumis et minable.
Génération 10 000
Tu as fait des études. Au moins le crois-tu. Tu es cadre quelque part, avec quelques responsabilités que tu crois considérables. Tu m’en parles à longueur de journée croyant m'impressionner. Tu as lu un ou deux livres, et l’édition d’avant hier de Aujourd’hui le Maroc, tu penses que par cela tu deviens cultivé et au courant de l’actualité. Tu considères avec dédain tes compatriotes qui n’ont pas eu la chance ou le cran de faire le minimum d’études comme tu l’as fait. Ainsi, tu te crois permis de dire que les marocains sont des sauvages, qu’ils ne méritent pas une démocratie à la suédoise, et tu me donnes l’exemple de Abdelouahed, jeune ouvrier au SMIC, qui ne sait même pas parler français dis-tu, et qui porte des lunettes de soleil ridiculement fausses. Ta bassesse m'impressionnera toujours.
Cependant, en lisant ces lignes, tu ne te sens pas concerné, parce que, la semaine dernière tu as pris une bissara avec les enfants du peuple, dans un quartier populaire. Tu connais le peuple, me déclares-tu, sûr de toi.
Avec tes 10 000 balles mensuelles tu va assister à tel concert, ou aller à telle boite de nuit, ou porter des chaussures de je ne sais quelle marque. Tu crois ainsi que tu as réussi, que, donc, le Maroc s'est développé. Seulement, tu ne t’en contentes pas, tu tiens à me raconter ta life, abusant ainsi de ma sympathie et de ma bonhomie. Pauvre moi.
Génération MDR :
Ce qui me fatigue quand le flot de tes inepties se heurte à mes oreilles, qu'il tient à pénétrer malgré le refus catégorique de mes neurones, c’est que ton intellect n’est absolument pas capable d'appréhender les bases de la pensée rationnelle. Tes arguments sont non seulement très WTF, mais aussi et surtout, très énervants.
Pour prouver que le Maroc a beaucoup avancé tu me demandes de regarder autour de moi, les projets que Sa Majesté a eu la bienveillance et l’extrême bonté de nous en gratifier. Ah, ingrat que je suis, le Roi investi mon argent sans me demander mon avis, et moi, hostile à l’idée même du développement, je refuse de reconnaître sa généreuse charité. My bad !
Pour prouver formellement que tu es con, tu me dis que les marocains aiment leur Roi, que c’est toute une Histoire, que le Sahara est marocain, que les algériens nous veulent du mal avec l’aide des espagnols. Si je ne suis pas content, me dis-tu, je n’ai qu’à partir ailleurs, te laisser ton Maroc tranquille. Car les gens ici sont heureux et ils dépannent avec le temps. Vois-tu, lorsque l’on traduit tes expressions toutes faites (bnadem dima m3addi m3a lwa9t w bikhir), la sottise inhérente à ta personne éclate au grand jour. Te sens-tu ridicule maintenant ? je crains que non.
Pour enfoncer le clou, tes balivernes peuvent atteindre les ultimes sommets de la bêtise. Tu me dis que le Maroc n’est pas la Suède. Tu me dis que les marocains, mes compatriotes, sont indignes de liberté. Tu me dis que nous ne sommes pas prêts. Tu me dis même, parfois, que tu regrettes le temps de Driss Basri. J’en suis tellement choqué que je ne puis y répondre. Tu crois que tu as gagné la discussion, et prouvé ton point de vue.
Tu es heureux. Je te méprise.
Après le 20 février tu as fais un virement de bord intellectuel qui m'a sincèrement laissé pantois. J'ai sous-estimé ta connerie, moi qui croyais si bien la connaitre.
Tu as commencé par dire que le Maroc n’est pas la Tunisie. Puis que le Maroc n’est ni la Tunisie ni l’Egypte. Puis que le Maroc n’est ni la Tunisie, ni l’Egypte, ni la Libye. Soudain tu as commencé à dire que les jeunes du 20 février appartiennent au Polisario. Quelques temps après, tu t'es mis à me parler d’évolution, et non de révolution, quand tu as entendu Hicham El Alaoui en parler chez Calvi. Ensuite le Prince s’est transformé en ennemi de la Nation quand il a dit avoir de l’estime pour ces jeunes.
En somme, tu t’opposais au principe même d’une manifestation. Comment oses-tu ?
Après le 20 février tu as encore changé de discours, suivi la foule, partagé les vidéos d’actes de vandalisme avec des commentaires on ne peut plus dégueulasses. Tu as conclu, encore une fois, que les marocains étaient indignes de liberté. De ma part je crois sincèrement que tu es indigne de l’intellect dont t'a gratifié mère nature.
Je regrette d’avoir évoqué ce sujet avec ta bassesse. J’avais un semblant d’estime pour toi.
Demain je te croiserai au bar. Je resterai courtois, mais saches que ça m’est bien pénible.
CJDM, 24/02/2011

Pour sortir du colonialisme!

Posted on Aucun commentaire
samedi 26 février 2011
Manifestation à Paris Place de la République à 15 h contre la guerre, les racismes, la xénophobie d’Etat
- Rassemblement à Rennes 15 h place de la mairie.
Il y a 50 ans, les empires coloniaux de l’époque s’effondraient. Patrice Lumumba était assassiné au Congo et des centaines de travailleurs algériens allaient être noyés dans la Seine, jetés par la police française du préfet Papon, parce qu’ils osaient manifester pacifiquement pour l’indépendance de l’Algérie.
50 ans plus tard, un nouvel ordre colonial se réorganise :
Les discours colonialistes sur « l’homme africain » et sur les aspects positifs de la colonisation positive, le débat sur l’identité nationale, les campagnes anti immigrés, xénophobes à caractère raciste, islamophobe et négrophobe, les référendums suisses sur les minarets et la double peine, prépare une guerre de civilisation qui ne dit pas son nom et prend les immigrés et les peuples du sud comme des boucs émissaires de la mondialisation financière et de la crise.
L’embourbement de la guerre en Afghanistan, l’extension de la guerre au Pakistan, les menaces qui pèsent sur l’Iran, ou en Irak, des guerres menées pour contrôler les ressources pétrolières et de gaz montrent que le spectre de la guerre est plus que jamais menaçant : la progression des dépenses militaires mondiales qui atteignent un nouveau record progressant de 49% par rapport à 2000.
En Palestine, la colonisation et l’occupation continuent en Cisjordanie et à Jérusalem et le blocus transforme Gaza en un prison a ciel ouvert, tandis que les Palestiniens citoyens israéliens sont de plus en plus en butte à la discrimination. Malgré des condamnations répétées pour crime de guerre, Israél poursuit cette politique brutale et dépossède et étouffe le peuple palestinien... sans être inquiété par les autorités de France, de l’UE ou des Etats-Unis.
Au Sahara Occidental, en Tchetchénie, Au Kurdistan, au Sri Lanka, au Sahara Occidental ...des peuples se battent pour le droit à l’autodétermination, contre la colonisation et pour la défense de leurs droits politiques, culturels et sociaux.
En Amérique Latine, les peuples et des gouvernements se battent pour défendre leur souveraineté et leur droits, contre l’embargo de Cuba, pour la défense des peuples indigènes.
En Afrique, en Asie ou en Amérique latine, le paiement de la dette et de ses intérêts sert à étrangler les Etats et les peuples tandis que la politique du FMI , de la Banque mondiale et de l’OMC organisent l’austérité contre les budgets sociaux et la privatisation des biens communs et des services publics. Des millions d’hectares de terres sont accaparées, recolonisées par de grandes entreprises multinationales. Profitant de la crise économique et climatique, la biopiraterie installée par de grands groupes exploitent les ressources de la biodiversité.
Les conséquences du colonialisme sont plus que jamais présentes :
En Afrique , la cellule de l’Elysée pilote les réseaux de la Françafrique qui imposent leur loi pour le plus grand profit des entreprises comme Total , Bolloré, EDF , Bouygues, Veolia ou Areva. Les bases militaires françaises implantées à Djibouti ou en Centrafrique soutiennent les dictateurs de la région.
Dans les dernières colonies françaises dits « territoires d’outre mer », l’inégalité imposée par la situation coloniale engendre les révoltes comme en en Martinique et en Guadeloupe où le LKP exige toujours l’application des accords issus de la grève générale de 2009. En Kanaky, la question de l’indépendance est posée pour 2014 tandis que les Comores demandent conformément au droit international le retour de Mayotte en leur sein.
En France la répression contre des travailleurs sans papiers entretient une main d’oeuvre corvéable à merci tandis que chaque année des lois anti immigrés criminalisent les étrangers qu’ils soient demandeurs d’asiles ou qu’ils fuient la misère de leurs pays d’origines. Des quartiers populaires sont soumis à des interventions policières qui prend de plus en plus un caractère d’occupation avec chasse au faciès, multiplication des controles d’identité, couvre feu pour les jeunes.
Toutefois, grâce à nos actions communes, nous avons fait reculer le pouvoir. Il a déjà supprimé l’article 4 de la loi colonialiste du 23 février 2005. Nous l’avons aussi fait reculer en exigeant et en obtenant la suppression du Ministère de l’Immigration. Il faut maintenant en finir avec la xénophobie d’Etat qui s’appuie sur le concept d’identité nationale et utilise le racisme, l’islamophobie ou la négrophobie .
Face à ce nouvel ordre colonial, nous appelons dans le cadre de la 6ème « Semaine anticoloniale » à une grande manifestation contre la guerre, le racisme et le colonialisme.
Toutes et Tous dans la rue le 26 février à 15 H pour montrer notre rejet de la guerre, de la militarisation et du colonialisme, pour obtenir le retrait des troupes d’Afghanistan, pour réclamer un monde de respect des droits pour tous, un monde de paix !
Toutes et Tous dans la rue pour lutter contre la colonisation et les occupations, pour le droit à l’autodétermination, pour le respect des droits nationaux et des Droits humains, des peuples Palestiniens, Sahraouis, Tchetchénes, Kurdes, Tamouls ...
Toutes et Tous dans la rue pour l’annulation sans condition de la dette, contre la recolonisation des terres, les politiques du FMI, de la Banque Mondiale et de l’OMC, pour lutter contre l’impunité et la criminalité financière et le recours aux paradis fiscaux ; pour l’accès de toutes et de tous à l’alimentation, à l’eau, la santé, l’éducation, à l’emploi, à l’habitat, et à la justice.
Toutes et Tous dans la rue pour dire non à la Françafrique et à l’ordre colonial dans les territoires d’outre Mer. Pour la fermeture des bases militaires françaises en Afrique et l’arrêt de l’aide militaire et policière française aux dictateurs sous couvert d’Aide Publique au développement.
Toutes et Tous dans la rue pour refuser la xénophobie d’Etat et le racisme, pour la régularisation de tous les sans papiers, la liberté de circulation, pour l’égalité des droits et contre toutes les discriminations. Tous ensemble pour sortir du colonialisme !
CNT- Secrétariat International, 23/02/2011

Le roi du Maroc est à la fois Zapatero, Botin et Rouco Varela.

Posted on Aucun commentaire
Il a prouvé sa foi ferme en la liberté d'expression. Il a été en prison pour avoir osé faire une caricature du roi Mohamed et pour avoir écrit sur les réfugiés sahraouis contre la ligne du régime.

Le journaliste Ali Lmrabet (Tétouan, 1956) fait partie de ceux qui ne se taient pas. Il a été en prison et il a fait une grève de la faim pour défendere ses droits et celui de tout le peuple marocain, à s'exprimer en liberté, même si c'est contre le roi Mohamed VI. Maintenant, il voit émerveillé comme des dizaines de milliers de personne osent sortir dans la rue et critiquer le roi et son régime. Il sait que la révolte est en marche et il n'y a pas de marche arrière. Hier, il a donné une conférence à Palma invité par IniciativaVerds.

- Le titre de la conférence : "Qu'est-ce qui se passe avec les révoltes démocratiques dans les pays arabes?

- Je suis très étonné de ce qui se passe. Dans le monde arabe, on a touours su que la démocratie allait arriver, mais pas avec cette rapidité. Le message le plus important est que les gens en ont marre. Les peuples arabes sont comme vous et veulent la liberté que vous avez. Ces révolutions sont, en plus, la fin du mythe fabriqué par l'Occident qui dit que ces dictateurs sont imprésentables mais à la fois sont le meilleur moyen de contenir l'islamisme. Nous nous sommes rendus compte d'une chose merveilleuse : c'est le peuple, les jeunes, dans son expression la plus pure, qui se soulèvent pour demander quelque chose qui pour vous est normal mais qui pour nous est extraordinaire : liberté, égalité et démocratie.


- A votre avis, qu'est-ce qui va se passer au Maroc?

- Certaines disent que le Maroc sera l'exception. La ministre des Affaires Etrangères, Trinidad Jimenez, un jour dit quelque chose et un autre jour en dit une autre. Sans aller plus loin, elle disait que la manifestation au Maroc s'est passé avec "normalité démocratique". Si elle pense que le Maroc est une démocratie, eh ben c'est la seconde découverte la plus importante après celle de l'Amérique. Les pays arabes ne sont pas égaux et les révoltes ne vont pas avoir les mêmes caractéristiques, mais nous avons en commun la langue et les problèmes, qu'ils soient des pays riches ou pauvres.

- Cherchent-ils à destituer le roi ou évolutionner vers une monarchie comme celle d'Espagne?

- Moi, je soutiens la protesta mais je ne suis pas dans l'organisation, même s le gouvernement et certains groupes le disent. Les jeunes qui sont sortis pour manifester le 20-F disaient qu'ils n'avaient aucun nproblème avec le roi, mais avec la monarchie et qu'ils veulent aller d'une monarchie absolue à une monarchie parlamentaire. Je crois qu'il y a alors un problème avec le roi, parce que c'est lui le monarque absolu, Mohamed VI. Il a maintenant une occasion extraordinaire pour transformer la monarchie en parlementaire. Mais je crois qu'il n'a pas entendu le message parce qu'il a dit que ceux qui sont sortis dans la rue faisaient de la démagogie. Malheureusement, le roi du Maroc règne, gouverne, il est le commandeur des croyants et le plus grand entrepreneur du pays; Mohamed VI est à la fois le roi Juan Carlos, Rodriguez Zapatero, Rouco Varela et Botin. Cela n'est pas normal et il faut le lui dire d'une manière pacifique. Nous ne demandons que ce que vous avez. Nous n'avons ni sécurité sociale, je vis avec mon téléphone sous écoute les 24 heures, qui peut vivre ainsi? Peu de gens.

- Dans le cas du Maroc, L'Espagne se positionne-t-elle d'une manière différentes qu'avec le reste des révoltes?

-Je conseillerais l'Espagne la neutralité et qu'elle penche plus sur ses problèmes économiques que sur les problèmes du Maroc. Lorsque j'entends Zapatero dire que le Maroc est une exception, je pense "ah, c'est extraordinaire!". Mais il n'est pas une exception. Je ne dirais pas que la révolte va avoir lieu demain, mais les germes de la révolte, démocratique et non pas islamiste, sont là, et tôt ou tard nous aurons un pays démocratique.

- Pourquoi le PSOE ne récrimine en rien au Maroc?

- Pour des intrêts économiques. L'Espagne est le deuxième investisseur au Maroc après le France. Et il y a le chantage que le Maroc fait à l'Espagne avec le sujet de l'immigration. Le Maroc est un Etat policier et peut arrêter le flux de l'immigration vers l'Europe de manière policière et s'il le veut, il peut laisser ces gens passer. L'Espagne a cette peur. Mais le Maroc n'est pas un saint et l'Espagne ne le critique jamais, elle devrait le critiquer de temps en temps.

-Les médias européens, comment transmettent-ils ce qui se passe?

En Europe, il y a des médias importants qui minimisent ce qui se passe. Je me rappelle d'une manifestation en Egypte il y a quelques années avec 300 peronnes, c'était un succès. En tunisie, tout a commencé avec 1,2,3 personnes. Et au Maroc on a eu une manifestation très importante, et sans les islamistes qui ne se sont pas impliqués. Les islamistes de Justice et Spiritualité sont l'association qui peut rassembler le plus de gens et ils ne se sont pas impliqués. Et maintenant, les journaux disent qu'il n'y avait que mille personnes. Le roi a dit qu'il n'allait pas céder à la démagogie, mais Ben Ali et Moubarak disait aussi la même chose et ils ont fini par céder. Nous avons attentu 50 ans et nous pouvons encore attendre, mais  la fin de la monarchie absolue est déjà là. En ce qui concerne les révoltes du monde arabe, nous pouvons dire qu'aucun géo-politicien, aucun, ne les avait prévues. Tout le monde s'est trompé.

-Est-il le moment pour la révolte de la femme aussi?

-La Tunisie est un pays pionnier en libération de femme. Au Maroc, le roi actuel a élaboré un statut de la femme où il élimine beaucoup de restrictions, par exemple au moment du mariage. Sur papier, tout est parfait, mais le problème est que nous n'avons pas une justice indépendante, par contre nous avons un taux d'analphabétisation haut. Plus de 56% de la population est analphabéte, ans les milieux ruraux il arrive à 92%. Vous pouvez avoir le meilleur texte du monde, mais au moment de l'appliquer il ne fonctionne pas. La solution sera une démocratisation du Maroc. Je ne sais pas combien de temps ça va prendre, mais ce sera la solution. Le roi nomme le premier ministre. Nous pouvons voter, mais le roi peut désigner une personne qui n'a pas été élue et cela est arrivé plusieurs fois. Et il faut dire que l'islamisme est une composante de notre société, mais il faut lui donner une mauvaise vision, il y a des islamistes radicaux et une partie très importante d'islamistes qui ne sont pas radicaux.

- Vous prévoyez d'ouvrir un nouveau journal digital. N'avez-vous pas peur de nouvelles représailles?

- Je suis comme un virus, à force de lui injecter des antibiotiques il devient résistant aux antibiotiques. Depuis 15 ans, ils nous écrasent, à un moment donné tu ne sens plus rien.

- Comment évaluez-vous l'état du journalisme dans notre pays?

- Ici, c'est plus ou moins pareil. Je suppose qu'il y a aussi la censure et l'auto-censure. Et puis, il y a les salaires, là-bas les journalistes gagnent plus.
Source : Diario de Mallorca, 22/02/2011
Traduction de l'espagnol : SPS RASD

Ma nifestations au Maroc : Une ligne rouge franchie

Posted on Aucun commentaire
Plusieurs milliers de Marocains ont participé, dimanche, à des manifestations dans nombre de villes du Maroc pour revendiquer de vastes réformes politiques, dont la limitation des pouvoirs du roi, qui devrait, selon les revendications « Régner et non gouverner ». L'ampleur de ces manifestations, qui se sont déroulées dans le calme, lève le voile sur la gravité de la crise qui couve dans un pays que les politiques et les médias occidentaux n'ont cessé de présenter comme un havre de paix et qui ferait exception à la colère qui traverse quasiment l'ensemble du monde arabe. À Rabat selon des sources indépendantes, près de 15 000 manifestants se sont rassemblées, avant de défiler dans une grande artère du centre scandant "Le peuple veut le changement!" ou ont dénoncé la corruption qui ravage tous les rouages du régime. Des manifestations d'envergure rassemblant plusieurs milliers de personnes ont également eu lieu dans la plupart des grandes villes marocaines, dont Casablanca,Tanger et Marrakech. Dans la foulée des événements de Tunisie et d'Égypte, de jeunes Marocains avaient lancé sur Facebook le mouvement "du 20 février", appelant à manifester pacifiquement pour réclamer une nouvelle Constitution, limitant notamment les pouvoirs du roi, et plus de justice sociale. L'appel à des manifestations "pacifiques" a ensuite été appuyé ou repris par des ONG ainsi que par l'Organisation de jeunesse de l'association islamiste Al adl ou El Hissan , de cheikh Yassin , mouvement non reconnu mais toléré et considéré comme l'un des plus importants du Maroc. La porte-parole de l'association, la fille du leader du mouvement, celui qui avait défié Hassani II , remettant en cause sa qualité de commandeur des croyants , Nadia Yassin n'a cessé de mettre en garde contre une explosion sociale au Maroc et n'avait pas exclue un changement radical, voire l'avènement de la République au Maroc. Il est d'ailleurs significatif que samedi des manifestants aient attaqué un commissariat et une entreprise française près de Tanger, dans le Rif, berceau du légendaire Abdelkrim et des révoltes ancestrales contre la monarchie marocaine.

Parmi les trois lignes rouges, le roi, le Sahara Occidental et l'Islam, celle des compétences du roi vient d'être franchi, ce qui fait de cette manifestation un évènement historique. Des groupes de gauche demandaient "Moins de pouvoirs pour la monarchie", et certaines banderoles proclamaient: "Le roi doit régner et non gouverner" ou "Le peuple veut une nouvelle Constitution". Le prince Moulay Hichem, cousin du roi, qui a appuyé les manifestations, s'est également prononcé pour une monarchie parlementaire au Maroc, à l'image des monarchies espagnole et britannique. À Rabat, où la police se montrait discrète, Brahim Abou Dahl, un enseignant de 52 ans, a dit être venu pour réclamer une constitution "Plus démocratique". "Il faut élargir les pouvoirs du Premier ministre pour qu'il soit responsable devant le peuple", a-t-il déclaré .Une étudiante de 20 ans, Aïcha, a expliqué être venue manifester contre la corruption et pour une "amélioration des conditions de vie" dans ce pays où les inégalités demeurent très fortes et le chômage des jeunes élevé. Les principaux partis politiques marocains dont l'Istiqlal, du Premier ministre Abbas El Fassi et qui soutiennent inconditionnellement la monarchie et la poursuite de l'occupation du Sahara Occidental, s'étaient prononcés contre l'appel à manifester. Le Maroc a jusqu'à présent été épargné par les mouvements de contestation qui ont renversé les régimes en place en Tunisie puis en Égypte et ont maintenant gagné d'autres pays du monde arabe dont la Libye, le Yémen et Bahreïn, notamment.

Des manifestations de solidarité avec le peuple marocain ont eu lieu dimanche à Paris, Madrid et Bruxelles.

Plusieurs vidéos témoignant de l'ampleur des manifestations ont été publiés sur Youtube.

1. Manifestation à Tanger:
http://www.youtube.com/watch?v=zHLlp2YwBF8
http://www.youtube.com/watch?v=s7E9DhCWpyU

2. Manifestation à Marrakech
http://www.youtube.com/watch?v=6kIBCKkOVeg
http://www.youtube.com/watch?v=ThH5QLD_PlQ&feature=player_embedded#at=23
http://www.youtube.com/watch?v=2eY8V_cIMP0&feature=player_embedded
http://bambuser.com/channel/Marouane82/broadcast/1434089

3. Manifestation à Meknès
http://www.youtube.com/watch?v=i-SLNHp17v0&feature=player_embedded

4. Manifestation à Oujda
http://www.youtube.com/watch?v=bPRFPWQIt78&feature=player_embedded

5. Manifestation à Taza
http://www.facebook.com/video/video.php?v=143560392374117&oid=136874103028175&comments

6. Manifestation à Casablanca
http://www.youtube.com/watch?v=umPzW9b0DV8

7. Manifestation à Tetouan
http://www.youtube.com/watch?v=Q-jcsatTOM4&feature=player_embedded

8. Manifestation entre Inzagane et Agadir
http://www.youtube.com/watch?v=FFYLmMHhNT8&feature=player_embedded

9. Manifestation à Beni Mellal
http://www.facebook.com/video/video.php?v=1911365783119&comments

10. Manifestation à Rabat
http://www.youtube.com/watch?v=LuRtRboldCc&feature=player_embedded
Don't Miss